L’indicateur PMI d’activité industrielle française à 44,7 reflétait une mauvaise contraction en début de séance, mais la publication d’un chiffre de l’emploi extrêmement décevant pour le mois de mai aux États-Unis aura scellé la bascule des marchés en territoire franchement négatif, d’autant qu’on ne peut plus compter sur l’Asie et les extraordinaires rythmes de croissance qu’on lui connaissait ces dernières années.
Le CAC 40 enfonce sans la moindre équivoque la zone de soutien des 2970 et préserve de justesse en clôture le seuil des 2940, sur un puissant volume de dégagement qui n’évoque malheureusement pas pour autant une authentique capitulation. Il est fâcheux d’avoir enfoncé en séance le seuil des 2940, et faute d’un marché américain qui ne parvient pas à se ressaisir en clôture, on peut craindre en début de semaine de nouveaux plus bas, vers des seuils assez imprécis à 2880, voire jusqu’en bas du canal de tendance ascendant en place depuis le sommet du 16 mars à 3600, soit un objectif de l’ordre de 2800 points pour le moment.
Le Dow Jones
Le monde dans son ensemble est engagé dans un profond mouvement de déflation. Le seul avantage à moyen terme en revient à la baisse très sensible des cours de toutes les matières premières, et notamment du pétrole, qui stimulera la consommation sans enflammer l’inflation.
En revanche, on ne peut exclure une stabilisation et peut-être même une légère remontée de l’euro dans la mesure ou la faiblesse inattendue de l’économie américaine impacte logiquement le dollar, et cela pourrait l’empêcher de rejoindre un objectif graphique important vers 1,1875 dollar, qui eut été idéal en termes de compétitivité européenne en dehors d’une Allemagne qui n’en n’a pas besoin, mais dont le marché sous-performait lourdement en cette fin de semaine.
La conjoncture préoccupante au niveau mondial est pour beaucoup la conséquence d’une Europe convaincue pendant près de deux ans des effets miraculeux de l’austérité à tout crin, mais la médiocrité des indicateurs de tous horizons aura enfin l’avantage de secouer les autorités politiques et les banques centrales. À cet effet, on peut s’attendre, vu le contexte, à des mesures stimulantes de la part de la BCE la semaine prochaine, et sans doute également de la FED à l’issue de sa prochaine réunion le 6 juin.
Dans cette perspective les marchés devraient éviter de dévisser à une cadence trop accélérée, mais toute absence de gouvernance, de décisions et de mesures appropriées ne manqueraient pas de se traduire par un krach potentiel beaucoup plus important encore…
| CAC 40 () | ||
| Principaux indicateurs | ||
| Cours au | Performance | Indicateurs |
| € | à 1 mois : % | Volume moyen 20 jours : |
| à 4 mois : % | Résistances : | |
| à 6 mois : % | Supports : | |
| à 1 an : % | ||
Consensus »



Bonjour Olivier,
C’est bien la première fois que je vous sens aussi pessimiste sur le marché actions.
Ce billet contraste fortement avec ceux publiés les semaines précédentes dans lesquels il était systématiquement précisé que tel ou tel repli « improbable » offrirait un point d’entrée « intéressant » etc.
J’apprécie néanmoins votre blog mais je commençais à me lasser de vos répétitions qui laissaient entendre qu’un fort repli n’était pas envisageable. Dorénavant, il est question (enfin) d’un repli tout à fait possible sur 2 800 pts, voir même d’un krach …
Dîtes nous plutôt s’il faut fuir à jamais le marché actions français dans lequel il n’y a plus d’investisseurs long terme, plus de « grandes mains » mais que des traders d’un jour, ou d’une semaine.
Dîtes nous à quel niveau vous voyez notre CAC 40 à la fin de l’année ou dans un an.
On ne demande pas à être rassuré mais à savoir s’il faut prendre tout de suite nos moins values avant qu’il ne soit vraiment trop tard. Pourtant, les valeurs sont tellement bradées, avec des valorisations si basses que le bon sens voudrait que l’on reste sur ce marché…
Cordialement
Bonjour Fred, et merci de ce commentaire.
En effet, le contexte me rend bien pessimiste, et je fais un mea culpa auprès de mes lecteurs pour un optimisme impénitent, et mon refus de croire à une espèce de fatalité inéluctable à cause de quelque-chose d’aussi stupide que la dette.
Non, je n’accepte pas l’idée que le monde doive plonger vers la dépression, et régresser vers un appauvrissement généralisé, sous le prétexte qu’il a trop dépensé depuis des années.
Ce qui est dépensé est acquis et gagné, et n’oublions pas que s’il y a de la dette, il y a autant de créance en face, donc en soi, tout est remboursable, et le vrai problème est plus de trouver la juste mesure à la liquidité qu’à la solvabilité.
Bien-sûr il s’agit quelque part de réduire doucement les compteurs vers 0, mais cela à mon avis, doit en majeure partie reposer sur le travail des Banques Centrales et la gestion appropriée d’une dévaluation graduelle de la dette par la monétisation.
Mais ce n’est pas au contribuable (sauf cas aberrants et extrêmes bien sûr) de se faire « confisquer » ses revenus par l’état, parce que l’état c’est lui, et cela revient à se confisquer à soi même, ce qui aboutit à un contresens économique et à la dépression.
On n’a jamais résolu la pauvreté en appauvrissant les riches, mais plutôt en favorisant l’entreprise et l’enrichissement du plus grand nombre.
C’est donc aux banques centrales et aux Etats de bien comprendre que la destruction de richesse par l’effondrement des marchés en cours devra tôt ou tard être compensée et rééquilibrée par de la création de liquidité et de monnaie accompagnées, bien sûr de réformes structurelles et d’innombrables mesures de réductions de dépenses inutiles.
La Fed a heureusement agi en ce sens en 2008 après Lehmann et s’il n’y a pas d’inflation (nous vivons à fond dans la déflation, rien ne se vend aujourd’hui sans promotions ni rabais) c’est bien la preuve que cette monétisation est encore à peine suffisante. Cela a permis au marché américain de remonter fortement, et en cela le pire a été évité.
Que le marché US redescende est donc inquiétant, parce que c’est de la richesse qui se détruit à nouveau, et les américains sont très touchés par la valorisation de leurs marchés. Chez eux c’est plus grave qu’en Europe, mais je ne crois pas que la Fed laissera faire.
Quant à la France, comme vous dites, il n’y a plus que des traders. Les investisseurs ont déserté, et les traders dont le biais psychologique primaire est de toujours « jouer la baisse » enfoncent le clou très en deçà de proportions fondamentales logiques jusqu’au moment de se racheter aux mêmes.
Oui le marché est bradé, et le Cac peut d’ici la fin de l’année remonter vers 4000 points, mais cela est IMPOSSIBLE sans une Europe plus cohérente et fédérale, avec des injections massives de liquidités, et des mesures d’assouplissement que l’Allemagne n’acceptera que le dos au mur.
Jusqu’où allons nous nous détruire d’ici là ? Jusqu’où faut il imposer une règle d’or budgétaire aveugle avant d’isoler des budgets les dépenses d’investissements productifs à moyen et long terme, destinés à restaurer un minimum de croissance ?
Le débat commence à faire rage, et c’est tant mieux, mais je crains que les institutions ne soient pas capables, faute de fédéralisme européen, de corriger le tir à temps. D’ici là tout est possible, y compris un crack en deçà des plus bas de l’automne dernier…
Lâcher de beaux dossiers sous valorisés n’a pas de sens sur un plan fondamental, mais je vous invite, au regard du VIX en zone danger au dessus de 25, de vous couvrir par une stratégie long short, ou par des options sur indices, de façon à limiter ou même inverser des variations de marché qui peuvent être très négatives.
Si le marché se retourne pour des motifs concrets ou pour un retour à plus de raison, vous libérerez alors vos couvertures.
Bien à vous, et encore MERCI
Olivier
Merci pour cette réponse exhaustive et le temps que vous y avez consacré.
Gardez tout de même votre optimisme tout en n’oubliant pas de nous mettre en garde en nous invitant à la plus grande vigilance si vous sentez, en votre qualité d’expert, que le marché n’est pas encore prêt pour une stabilisation ou une reprise haussière.
Certes, il y aurait lieu de couvrir le portefeuille contre la baisse, mais dans un PEA nous ne disposons malheureusement pas de l’arsenal approprié. Le BX4 n’est pas toujours la panacée surtout lorsque le marché alterne les séances à la baisse comme à la hausse comme ces dernières semaines où nous avons navigué dans un range plutôt étroit. Il semble beaucoup plus adapté en cas de forte baisse mais il est tellement difficile de la prévoir avec ces portes de saloon qui claquent et volent dans tous les sens…
Non vraiment, je suis assez découragé : moi qui croyais agir avec bon sens en investissant une grande partie de mes économies sur notre marché depuis mars 2009, pour la retraite, pour les enfants, pour ceux que l’on aime. J’ai l’impression d’avoir perdu mon temps avec ce retour à la case départ et suis un peu (beaucoup) déboussolé. Il est inouï de voir des actions au ras des pâquerettes reperdre encore des 3 ou 4 % dans la journée ! Qui peut vendre encore à ces niveaux ?
On parle maintenant de possible éclatement de la zone Euro, le sujet ne semble plus tabou.
Le problème c’est que le temps que s’accorde le marché financier toujours impatient n’est pas celui des politiques pour lesquels un consensus est toujours long et difficile à trouver, surtout à 27 ! Et cela sera d’autant plus long avec la mise en place indispensable de nouveaux traités, de référendums etc.
J’ai peur que le marché continue à appuyer là où ça fait déjà très mal. Dans ce cas, je ne suis pas loin de fermer l’ordinateur pour de longs mois de manière à préserver mon moral. Après tout ce n’est que de l’argent, rien de plus !
Bien à vous et continuez à nous éclairer dans ce monde de brutes.
Frédéric